Discours d’Alexis Tsipras du 25 janvier 2015

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Citoyens d’Athènes,

Aujourd’hui, le peuple grec a écrit l’histoire. L’espoir a écrit l’histoire. Le peuple grec souverain a délégué aujourd’hui un mandat clair, fort, et sans ambiguïté. La Grèce tourne la page. La Grèce laisse derrière elle la politique désastreuse de l’austérité; elle laisse derrière elle la peur et l’autoritarisme. Elle laisse derrière elle cinq années d’humiliation et de souffrance. Et la Grèce avance avec optimisme, avec espoir, avec dignité, d’un pas assuré vers une Europe qui change. Et le Syriza, vous et le Syriza, notre peuple, sommes l’exemple concret de cette Europe qui change. Notre peuple a fait un pas décisif, la Grèce a fait un pas décisif dans l’histoire, un pas en avant, un pas à la rencontre des peuples de toute l’Europe.

Aujourd’hui, nous nous réjouissons, nous faisons la fête. Mais dès demain nous commençons un travail de longue haleine. Le verdict des électeurs grecs ferme définitivement le cercle vicieux de l’austérité dans notre patrie. Le verdict du peuple grec, votre verdict, annule aujourd’hui et de manière définitive les mémorandums, synonymes d’austérité et de catastrophe. Le verdict du peuple grec relègue la Troïka au passé de notre cadre européen commun.

Nous sommes pleinement conscients que le peuple grec ne nous donne pas carte blanche aujourd’hui, mais il nous confie une mission : la renaissance nationale et le rétablissement de la cohésion sociale de notre patrie. Nous nous montrerons dignes de sa confiance, et nous formerons un gouvernement qui sera celui de toutes les Grecques et tous les Grecs. Nous tiendrons compte de chacun d’entre eux, indépendamment du fait qu’il ait voté pour nous ou non. Nous nous battrons tous ensemble pour reconstruire notre patrie sur de nouvelles bases équitables et solides, régies par la justice et le progrès.

Aujourd’hui, mes amis, citoyens d’Athènes, je m’adresse à vous tous qui nous regardez. Aujourd’hui, il n’y a ni vainqueurs ni vaincus. Aujourd’hui, c’est la Grèce de l’élite qui est vaincue, la Grèce des oligarques, la Grèce des aberrations antidémocratiques, la Grèce de l’iniquité et de la dissimulation. S’il y a un vainqueur aujourd’hui, c’est la Grèce de l’effort, la Grèce du travail, la Grèce instruite, la Grèce créative, la Grèce cultivée. S’il y a un vainqueur aujourd’hui, c’est la Grèce qui se bat, la Grèce qui espère, qui réclame de l’espace et du temps pour reconstruire son avenir dans la dignité.

Mes amis, je tiens à remercier chaleureusement chacun et chacune d’entre vous. Mais avant tout, je tiens à remercier les délégations étrangères, toutes celles et tous ceux qui par milliers, sont venus jusqu’ici des quatre coins de l’Europe. Je tiens à les remercier pour cette extraordinaire vague de soutien et pour leur solidarité avec le peuple grec. Notre victoire est aussi celle de tous les peuples d’Europe en lutte contre cette austérité qui détruit notre avenir européen commun. Dans l’intérêt commun de tous les peuples d’Europe, je peux vous assurer que le nouveau gouvernement grec se tient prêt à coopérer et à négocier, pour la première fois, avec ses partenaires, pour aboutir à une solution juste, viable, mutuellement profitable, afin que la Grèce sorte du cercle vicieux du surendettement et que l’Europe retrouve sa stabilité, sa croissance, sa cohésion sociale, ainsi que les valeurs et les principes sur lesquels elle a été fondée, tels que la démocratie et la solidarité.

Dans ce dialogue sincère, dans cette négociation primordiale qu’elle entend mener, la Grèce, je tiens à vous l’assurer, la Grèce se présentera avec ses propres propositions, solidement argumentées, son propre plan de réforme national visant à instaurer des changements radicaux, son propre plan budgétaire pour les quatre années à venir, sans nouveaux déficits ni excédents surréalistes. Elle se présentera avec ses propres propositions concernant la dette, et son propre plan d’investissement et de reconstruction productive du pays.

Mes amis, le nouveau gouvernement grec démentira les prédictions de tous ceux qui ont joué les Cassandre à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il n’y aura pas de rupture catastrophique, pas plus qu’il ne s’agira de continuer à nous soumettre.

Devant nous se présente la grande opportunité d’offrir un nouveau départ à la Grèce et à l’Europe. D’envisager une nouvelle politique, un nouveau modèle de relation fondé sur la confiance, le respect mutuel, la solidarité et la responsabilité.

Mes amis, dès demain notre priorité sera de panser les plaies profondes infligées par la crise. Il s’agira de restaurer la souveraineté du peuple dans notre patrie. Il s’agira de rétablir la justice. Il s’agira de mettre un terme au statut quo et aux maux de cette décennie. De quitter l’ère de la dépendance et de la corruption pour entrer dans celle des réformes radicales et démocratiques au sein de l’État, de l’administration publique et partout ailleurs. Mais notre priorité est avant tout de rendre à notre pays et à notre peuple leur dignité perdue. Voilà quel est aujourd’hui le message porté par la victoire de notre peuple. Nous retrouvons l’espoir, nous retrouvons le sourire, nous retrouvons l’optimisme, nous retrouvons la dignité perdue de notre peuple.

Je veux vous remercier, vous tous qui, d’un bout à l’autre de la Grèce, avez mené cet extraordinaire combat. Vous l’avez mené avec confiance, avec passion, avec optimisme. Vous avez pris l’espoir entre vos mains et vous l’avez soulevé bien haut. Vous avez vaincu la peur. Vous avez ramené le sourire sur le visage de toutes les Grecques et de tous les Grecs. Et je vous invite, en ce moment historique, alors qu’on nous écoute dans toute l’Europe et dans le monde entier, à faire la sincère promesse de continuer à lutter avec la même passion, avec la même confiance. En avant, donc! Continuons ce grand, ce difficile, ce beau combat ! En avant ! Faisons briller le soleil sur la Grèce ! En avant ! Faisons briller le soleil de la justice, le soleil de la démocratie, le soleil de la dignité ! Nous y arriverons. Nous avancerons ensemble et nous y arriverons.

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