Discours patriotique de Georges Marchais lors du 20ème congrès du PCF

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[DISCOURS MARCHAIS / EXTRAITS] 

Qu’est-ce qui caractérise ce système ? Voici trente cinq ans, on parlait des 200 familles qui dominaient l’économie et la politique de la France. Aujourd’hui, une dizaine seulement de groupes industriels et financiers, aux intérêts enchevêtrés, règnent sur l’économie de la nation et exercent leur hégémonie. Les concentrations industrielles se poursuivent à un rythme accéléré: alors que l’année 1959 avait vu 930 opérations de concentration, on en a compté 2240 pour l’année 1968 d’après les derniers chiffres officiels. De plus, c’est entre les géants eux-mêmes que s’opère cette concentration: Saint-Gobain s’allie à Pont-à-Mousson, la Thomson s’unit à la C.G.E. qui s’était elle-même attachée l’Alsthom. Le résultat est que moins de 1% des entreprises réalisent à elles seules 61% du chiffre d’affaires total. Ces fusions au plus haut niveau se font sous l’égide des grandes banques, qui elles-mêmes se réunissent, concentrent un capital gigantesque, s’assurent le contrôle de tout un réseau d’entreprises dans l’industrie, le commerce, les services, les assurances. C’est une puissance tentaculaire que possèdent actuellement quelques groupes géants comme la Banque de Paris et des Pays Bas, la Financière de Suez, le groupe Worms, le groupe Neuflize-Schlumberger, le groupe Lazard, le groupe Rothschild. Leur influence s’exerce à travers un maquis de participations, de filiales, de liaisons, et aussi d’hommes de confiance qui passent des cabinets d’affaires aux cabinets ministériels, ou inversement. Pour ces grands groupes, les profits ne cessent d’augmenter. Une étude portant sur 39 des 100 premières entreprises françaises fait apparaître une augmentation moyenne des bénéfices bruts de 69,9% de 1968 à 1970, c’est à dire en deux ans… Voici cent trente ans, Guizot disait à la bourgeoisie: « Enrichissez-vous! »; aujourd’hui l’idéologie du profit devient elle-même affaire d’État. Or, ce qui caractérise justement l’évolution récente, c’est que tous ces moyens, même employés à haute dose, ne permettent plus au système monopoliste de résoudre ses contradictions. Bien plus, ils ne font qu’aggraver et étendre celles-ci…

L’adoption par la gauche d’un programme commun a ouvert une phase nouvelle de la lutte pour un changement politique décisif dans notre pays. Mettre fin à la domination des monopoles, faire triompher une politique nouvelle, une politique démocratique, est devenu une perspective concrète et réaliste. Mais nous l’avons dit d’emblée, le programme commun ne peut, par sa seule existence, permettre d’atteindre cet objectif. Car la grande bourgeoisie n’a nullement renoncé à ses efforts pour en dénaturer le sens et fourvoyer dans l’impasse l’aspiration des Français au changement. Aussi, dès le moment où notre Conférence nationale de juillet a pris sa décision, nous avons proposé au Parti socialiste de développer notre action commune, d’établir une coopération active, permanente, fraternelle qui – parce qu’elle manifestera notre volonté politique commune d’agir ensemble pour le bien du pays – gagnera au programme adopté par nos deux partis les esprits et les cœurs, fera grandir le courant populaire. Nous avons appelé à l’union la plus large, l’union sans exclusive autour du programme commun. Nous avons dit : tout faire pour que triomphe le programme commun. Dans cet esprit et devant les hésitations à répondre à nos propositions d’action commune, nous avons lancé en octobre dernier le mot d’ordre: Unité à tout prix !

Ce mot d’ordre, les camarades le savent, avait déjà été lancé par Maurice THOREZ en 1934. Certes, les conditions et les objectifs du combat sont différents. Mais l’enjeu est aussi décisif: en effet, si l’union grandit comme un torrent irrésistible, elle peut parvenir à établir une démocratie de contenu économique et social avancé, elle peut permettre aux travailleurs et à tout notre peuple de franchir un pas en avant considérable sur la voie de l’émancipation…

Le rassemblement nécessaire au succès du programme commun ne peut se réduire aux seules forces organisées de la gauche. Ce sont les masses, les plus larges masses populaires qui doivent désormais s’emparer du programme commun, qui doivent rassembler leurs forces, agir ensemble, réaliser leur union, l’union de tout notre peuple, autrement dit l’union populaire. Certains de nos alliés nous posent parfois des questions à l’égard d’un mot d’ordre qui leur apparaît chargé d’une arrière-pensée. Nous pouvons leur dire qu’il n’en est rien…

Il y a dans notre pays des hommes et des femmes qui ont identifié leur patriotisme à la conception que le Général de Gaulle se faisait de la grandeur de la France. Ils voient aujourd’hui, avec indignation, des secteurs importants de notre économie livrés au capital étranger, l’indépendance et la liberté d’action de notre pays mises en cause, la politique de la France de plus en plus soumise aux pressions américaines. Cautionneront-ils ce glissement antinational qui s’accentuera demain si nous n’y faisions pas obstacle ? Vont-ils se réfugier dans un isolement stérile ? Qu’ils prennent place à nos côtés, et nous pourrons, ensemble, par delà nos différences, agir efficacement pour une France souveraine et maîtresse de son destin. C’est cela, c’est tout cela, l’union populaire. C’est le rassemblement sans exclusive de toutes les forces ouvrières, démocratiques et nationales autour du programme commun de la gauche, c’est l’union du peuple de France pour vivre mieux dans la liberté, l’indépendance et la paix. (applaudissements)…

Nous gardons à l’esprit cette affirmation d’Engels: « Les partis de l’ordre, comme ils se nomment, périssent de l’État légal qu’ils ont eux-mêmes créé…Ils s’écrient désespérés: la légalité nous tue ! Nous, au contraire, dans cette légalité, nous nous faisons des muscles fermes et des joues roses. » (applaudissements)

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