Fête du travail, jour du peuple !

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1mai

Tribune de Paul Ducay, publiée dans HORIZON

En ce jour du 1er mai, alors que Paris est divisé en cortèges syndicaux et partisans, nous, patriotes sociaux, armons notre plume bleue horizon pour préparer, sur nos feuilles de brouillons raturées et noircies de nos mots d’espérance, l’horizon carmin d’un jour nouveau.

Ah, comme ce 1er mai a des parfums à la fois de lutte et de concorde : riche est l’histoire de la Fête du Travail !

Journée d’espoir et de force pour nos pères travailleurs ; jour de paix et de concorde pour toutes les forces vives de la Nation, qui la font grandir et mûrir depuis des siècles et des siècles déjà. Si elle nous semble éternelle, après toutes les péripéties, les mésaventures et les divins sursauts qu’elle a connue, la France n’est pas une entité immuable. Non : elle grandit, se forme et se déforme, par les relations qu’elle entretient : elle est un véritable volcan, un volcan de jeunes esprits aux destinées exceptionnelles ; un volcan de terroirs et de traditions aussi charmants et enivrants les uns que les autres ; un volcan d’événements grandioses, sacrés, insolents, mais aussi de malheurs exemplaires ; un volcan rouge sang d’un cœur révolutionnaire, transcendé par une « vocation surnaturelle » qui a tant fasciné, de Jeanne d’Arc à nos contemporains en passant par Péguy, Bernanos et De Gaulle.

La France, c’est un volcan d’artisans, de commerçants, d’ouvriers, d’agriculteurs, d’entrepreneurs, de libéraux, d’enseignants, de médecins, de chercheurs, de chirurgiens, de soldats du feu, de militaires, d’artistes, d’étudiants brillants, de pères et mères de familles, de personnes infirmes et handicapées en apparence faibles mais qui, à l’intérieur, font l’expérience d’une force et d’une douceur de vie à part entière.

C’est à tous ces français que nous pensons aujourd’hui. Car nous tous, à notre manière, quelques soient nos capacités, nos différences, nos qualités et nos défauts, nous travaillons : nous œuvrons pour faire grandir notre esprit et rendre grâce à notre corps, nous œuvrons pour le bien commun par nos apports individuels, apportant tous notre pierre au grand monument de notre patrie la France, et de notre famille l’Humanité.

Aujourd’hui, le peuple fait Nation. Il fait bloc, muguet à la main, pour célébrer pendant vingt-quatre heures tous ces jours de don de soi qui répondent aux besoins de la collectivité et développent les individualités, les compétences personnelles, les capabilités de tous.

Mais ce jour est aussi le jour des vérités sur la condition des travailleurs : ne nous dissimulons pas qu’une grande partie de notre travail est spolié, utilisé en vue de nourrir la bête immonde la société de consommation, produit du capitalisme de séduction dénoncé par Michel Clouscard. C’est-à-dire, un capitalisme de seconde génération fondé sur la consommation, en opposition au capitalisme paternaliste tourné vers la production.

Ce capitalisme de séduction, souvent assimilé à la social-démocratie libertaire, associe la logique de propriété, d’amassement de capital, de possession, aux mécanismes deséduction qui renvoient à une forme d’attrait sexualisé qui s’exerce dans cette logique de possession.

L’association du capitalisme et du libertarisme séducteur bourgeois aboutit à une forme de « démocratie libérale-libertaire», aboutissement d’un capitalisme nouveau fondé sur la propriété via la séduction : il tend, selon une logique qui semble presque immanente, vers sa forme d’expression ultime qui est libertaire et faussement démocratique – anéantissement de toutes frontières, codes et formes traditionnelles au nom des passions et du désir de posséder.

La consommation, dans tous les sens du terme, devient alors l’ultime liberté, au point que celle-ci est réduite au désir seul, débarrassé du principe de responsabilité : la liberté, utilisée par ce système capitaliste postmoderne, n’est plus que désir, lui-même devenu acte d’achat.

Les travailleurs sont aujourd’hui victimes de ce système très habile qui représente un cancer pour notre démocratie : l’horizon républicain est obstrué par cette vaste spoliation.

Nous, patriotes sociaux, profitons alors de ce grand jour d’union nationale pour éclairer la condition contemporaine du peuple et redéfinir ce que doit être le travail, fruit le plus sublime de l’esprit humain, accomplissement de l’homo faber.

En effet, étymologiquement, le mot « travail » provient du bas latin tripalium, appareil formé de trois pieux, utilisé pour ferrer ou soigner les animaux ; ou comme instrument de torture pour punir les esclaves.

Le travail désigne l’effort physique ou intellectuel qui doit être accompli pour faire quelque chose ou obtenir un résultat recherché. Encore faut-il se demander si ce travail aujourd’hui est la manifestation du libre artisanat des citoyens, ou exploité, spolié dans un système plus vaste, nouvel instrument de torture esclavagiste. Or nous avons vu que la tendance est bien à l’exploitation du travail par un système économique, médiatique et politique.

Il faut donc savoir que le malheur qui est sur nous, entre crise économique et sociale (près de 3 500 000 chômeurs en France, de très nombreuses personnes sous le seuil de pauvreté et en attente d’un logement social…), crise morale, politique, et écologique, n’est que le produit éphémère de l’avidité d’un système qu’il faut voir et nommer pour le déconstruire.

Il n’y a pas de place pour le pessimisme : n’oublions jamais que tout ce qu’a construit l’Homme, il peut le déconstruire ; tout ce que l’Homme a détruit, il peut le reconstruire.

Notre niveau de vie s’est amélioré au fil du temps, soyons conscients de notre potentiel et œuvrons pour la justice et le bien commun, aussi bien avec nos compatriotes que nos amis humains qui, en d’autres lieux du monde, sont dans une misère plus grande ou en proie à des persécutions.

En ce jour du 1er mai, nous sortons alors fièrement, avec le bouquet de muguet, la fleur d’églantine, fleur traditionnellement révolutionnaire, pour peindre ce jour des couleurs de l’insoumission !

Crions haut et fort notre volonté de construire un nouvel horizon pour le peuple français, retroussons nos manches pour offrir de l’espoir à notre prochain et, a fortiori , à tous les citoyens du monde.

De l’audace contre les imposteurs, de l’énergie pour les mendiants de justice !

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