Georges Marchais : « Du temps pour vivre »

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Je dis davantage : s’il faut assurer le droit à l’emploi, ce n’est pas pour n’importe quel emploi, dans n’importe quelles conditions. Il faut changer le travail.

De plus en plus, de nos jours, la femme, l’homme ne considèrent pas le travail seulement comme leur gagne-pain. Ils veulent s’exprimer en travaillant.

Il faut donc donner au travail professionnel toute sa valeur humaine – individuelle et sociale. Il faut l’organiser de telle sorte que les travailleurs ne soient pas des robots, épuisés, démolis, parfois privés de leur dignité et atteints dans leur personnalité, mais qu’ils aient enfin le temps de se détendre, de respirer, de vivre.

Cela veut dire d’abord : un temps de travail plus court.

Courir au travail, être chaque semaine pendant quarante heures ou davantage – à la chaîne ou aux machines – sous pression et sous tension, harcelé par les cadences, le bruit, la saleté, la poussière, les odeurs, la chaleur ou le froid, manger en vitesse, s’affaler le soir, tout juste récupérer le samedi et le dimanche, manquer perpétuellement de temps : est-ce vivre ?

Quand on subit cela, on est « vidé », sans ressort, comme paralysé. On n’a plus la force d’apprécier un livre ou un disque. Encore moins celle de sortir. On n’a plus la force de parler tranquillement avec les siens, avec ses amis, de s’aimer, d’avoir des échanges. On n’a plus la force ni la disponibilité nécessaires pour s’informer, militer. Quelquefois on n’a même plus envie de penser. Bref, un rythme insensé mutile les êtres humains. Les femmes, souvent contraintes à une double journée, en souffrent encore plus que les hommes. Il s’ensuit de l’écœurement, parfois de l’agressivité ou de la dépression. Il arrive qu’on perde le goût de la vie.

A mes yeux, ce manque de temps, cet épuisement inhumain des travailleuses et des travailleurs constituent l’une des plus graves injustices. Je me demande pourquoi et au nom de quoi une petite minorité aurait seule le droit de disposer d’assez de temps et de repos pour bénéficier de sorties, de voyages, de périodes d’études, de multiples activités enrichissantes. Pourquoi ce mode de vie resterait-il un privilège ?

Je considère donc que la réduction du temps de travail est un objectif essentiel.

Dans chaque branche, chaque entreprise on devrait négocier immédiatement des plans de réduction de la durée du travail permettant d’atteindre partout un maximum de trente-cinq heures par semaine, sans diminution de salaire, dans les deux ou trois prochaines années. Je dis bien : un maximum. En effet, pour les travaux les plus pénibles, on doit descendre au-dessous de cette durée . Un seul exemple : les sidérurgistes travaillant au feu continu doivent bénéficier de la création d’une cinquième équipe, ce qui correspond à trente-trois heures et demie de travail.

Autre mesure immédiate : la cinquième semaine de congés payés doit être donnée à tous les travailleurs. Et cela sans préalables et sans dérobades !

Georges Marchais, extrait de « L’espoir au présent »

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