Jean-Pierre Chevènement : « Une société dominée par l’hyper individualisme libéral »

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Le choix de la globalisation financière est un choix ancien dans lequel des Français portent une responsabilité écrasante et d’autre part il y a le choix de l’occidentalocentrisme qui est le fond de notre politique.

Ce qui est très important, c’est le choix de l’occidentalisme, qui procède d’un euro-centrisme, d’un occidentalo-centrisme, qui procède aussi du fait que les Américains, qui se croyaient l’hyper puissance il y a vingt ou trente ans, prennent la mesure d’un déclin lent mais continu et ont mis en œuvre une stratégie de cadenassage absolument effrayante.

Le choix de 1983 a été fondateur, il s’agissait alors d’accrocher le franc au mark. Ça a été le début d’un processus de libéralisation continu qui n’a pu être accepté que parce qu’on lui a donné l’habillage européen.

Si nous sommes en permanence sous l’observation et plus encore sous la pression des marchés financiers, si le président de la République n’a pas cru pouvoir renégocier le TSCG, c’est probablement parce qu’il a pensé que cela accroîtrait le spred entre les taux d’emprunts de la France et de l’Allemagne. Tout ça c’est une logique qui vient de loin ; elle a ensuite comporté un nouveau pas : la monnaie unique. Un tissu de fariboles sur la monnaie unique qui allait apporter le plein emploi, l’expansion, permettre de rivaliser avec le dollar.

Le TSCG lui même n’est qu’une conséquence retardée du choix de la monnaie unique. A partir du moment où nous avions abandonné notre souveraineté monétaire, il était évident que nous devrions un jour abandonner notre souveraineté budgétaire. Le choix de la monnaie unique comporte un vice rédhibitoire, consubstantiel, une sorte de péché originel qui fait que dans une zone monétaire non optimale, quand il n’y a pas de puissant mécanisme de redistribution, dont l’Allemagne ne veut pas, la richesse s’accumule à un pôle et la pauvreté à un autre.

Le principe de l’extraterritorialité du droit américain s’applique du fait du consentement de tous les autres. Alors regardons l’Europe, quelle résistance offre-t-elle ? Elle n’offre aucune résistance ! En réalité l’européisme n’est qu’une variété d’occidentalo-centrisme. Il relève d’une idéologie de la mondialisation libérale au nom de l’Europe qui est le camouflage de toutes les règles adoptées en vertu de l’acte unique et qui continuent d’être adoptées.

Comme l’histoire ne s’arrête jamais, nous voyons surgir quelque chose de nouveau : d’une part la montée des émergents et d’autre part l’organisation de l’Europe autour de l’Allemagne. L’Europe est germano-centrée, mais c’est aussi une Europe en crise du fait que l’Allemagne lui impose les dogmes ordo-libéraux.

Je pense que nous sommes dans une société dominée par l’hyper individualisme libéral qui va au-delà encore d’un esprit d’envie et de jalousie. L’hyper individualisme va aussi avec les choix faits en matière conomique il y a une bonne trentaine d’année. Je constate que cet hyper individualisme est allé de paire avec l’effondrement des grandes croyances collectives. Je constate que les croyances collectives, la simple morale, la morale laïque, la morale de tous les jours, la morale de Jules Ferry, celle que j’ai reçue, tout cela est considéré comme ridicule aujourd’hui. Nous sommes dans un univers qui n’est ni bon ni méchant mais où toutes ces valeurs collectives se sont beaucoup étiolées en face de cet hyper individualisme libéral.

Je partage assez la vue d’Emmanuel Todd : il n’y a pas de racisme proprement dit mais la revendication par le peuple français d’une communauté de mœurs et d’usages. La question de fond n’est pas seulement celle de ces règles, c’est aussi celle de l’envie : est-ce que les immigrés ont envie de coïncider avec la France ? Est-ce que nous leur donnons envie de France ? Et bien non, nous ne leur donnons pas envie.

Extrait de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement, publié sur Citoyens Militants (journal du MRC), janvier 2015

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