La nuit à Davos, tous les salauds sont GRI

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Tribune de Gauthier Bouchet

Avec la chute de l’Union soviétique en 1991, nous pouvons dire que le dernier levier mondial au néo-libéralisme a sauté, quelles que puissent d’ailleurs être nos réticences légitimes vis-à-vis de la validité sociale du système soviétique et notre dégoût pour l’acception stalinienne du communisme.

L’URSS tombant, le marché mondial s’est encore agrandi de 250 millions de « clients » potentiels, jusqu’ici étrangers à son emprise. Dès lors, les plus grandes entreprises du globe se sont organisées sur la base nouvelle d’une gouvernance économique mondiale, aboutissant à la naissance de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

Au même moment, symboliquement, la Russie elstinienne plongeait sous l’anarchie politique et la prédation d’une nouvelle nomenklatura, enrichie par la libéralisation des secteurs économiques-clés du pays, à commencer par l’énergie. Ce déclin de la Russie post-soviétique, malade de son passage en quelques mois d’un communisme autarcique à l’économie de marché, auraient dû avertir les peuples sur les limites de la mondialisation financière. Mais, sûr de lui-même, et proclamant par le triomphe de la seule hyperpuissance américaine la « fin de l’Histoire » (Hegel, Fukuyama), le système mondialiste a persisté dans son installation d’un gouvernement économique du monde, aux dépends des Nations. Les plus grandes entreprises mondiales furent d’ailleurs été très influentes dans les négociations à l’initiative de la mise en place de l’OMC. Ainsi, sans l’insistance, notamment, de grands groupes bancaires tels que CitiCorp ou American Express, l’OMC n’aurait sans doute pas vu voir le jour.

Depuis, le processus de déconstruction des Nations s’est encore accéléré, par la prédominance qu’occupe désormais, sur la scène mondiale, les sommets économiques du type de celui de Davos, en Suisse. C’est tout particulièrement la politique de Davos dite du Global Redesign Initiative (GRI — Initiative de restructuration mondiale) qui doit inquiéter nos concitoyens, parce qu’elle avance (sans d’ailleurs même s’en cacher) que les États sont, selon elle, devenus inefficaces et qu’ils ne peuvent pas régler les problèmes internationaux… à l’inverse des entreprises transnationales, qui disposent de relais d’influence et de ressources financières dans de nombreux pays et sont unies par une doctrine commune, associant démocratie libérale et économie de marché.

Ce programme GRI du Sommet de Davos réunit à ce jour 1600 experts et, d’ici quelques années, ils devraient faire que l’on ne songera même plus à chercher des solutions pour résoudre les problèmes mondiaux sans la présence de grandes entreprises.

Dorénavant, une minorité toujours plus restreinte d’actionnaires déracinés se substitue à la foule immense des peuples, 500 millions de femmes et d’hommes en Europe, pour qui le référendum devient une denrée rare, tout spécialement en France, un pays au sein duquel aucune consultation référendaire nationale n’a été organisée depuis dix ans — sur le projet d’une constitution européenne — et encore, le résultat de celle-ci n’a, on le sait, aucunement été pris en compte. Un jour pourtant, cette élite minoritaire devra bien rendre des comptes à la majorité : les nôtres.

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