Le jour où l’Islam fut aussi la France

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Tribune d’Omar Djellil

« Cinquième colonne », «chariatisation de la France », « expansionnisme islamo-fasciste», « islamo-racaille »… ces types d’expressions islamophobes ne tarissent pas dans la bouche de nos politiques et sur les réseaux sociaux. L’Islam est devenu, malgré-lui, un bouc émissaire électoral et une diversion pour occulter les vrais problèmes sociaux qui trouvent leur origine dans les échecs successifs de la classe dirigeante.

Entre diktats de la « Charlie Expression », ingérences parasites dans les relations turco-arméniennes et promotion du féminisme islamophobe, le gouvernement semble de moins en moins enclin à respecter la foi de millions de nos concitoyens. D’ailleurs, il est affligeant de constater que le gouvernement est prêt à sacrifier les intérêts supérieurs de la France au nom d’une idéologie identitaire confectionnée de toutes pièces par des groupuscules racistes inféodés aux néoconservateurs américains.

Un revirement idéologique qui avait déjà privé la France de nombreux contrats à l’étranger. En 2006, le gouvernement saoudien avait annulé une commande de 142 hélicoptères après que la presse française ait publié les caricatures du quotidien danois Jyllands-Posten. La même année, la Turquie annulait un appel d’offre d’1,5 milliards de dollars visant à renouveler sa flotte d’hélicoptères de combat après l’ingérence de la France dans les relations turco-arméniennes.

Aujourd’hui, la France, au nom d’un laïcisme intégriste, est en pointe dans le combat contre toute forme d’expression de la foi et particulièrement la foi musulmane. Prétextant une pseudo incompatibilité avec la culture française, les représentants de ce laïcisme de combat déclarent que la France et l’Islam n’ont aucun point en commun.

Une altération de l’histoire qu’il est temps de démystifier. De 1483 à 1854, la France était liée par un pacte d’alliance diplomatique avec les musulmans de l’Empire Ottoman. Sous l’impulsion du Roy François Ier, cette alliance durera presque quatre siècles.

Dès 1483, le Roi Louis XI entamait déjà un premier rapprochement avec l’empire Ottoman. Une tentative d’alliance qui se consolidait sous le règne du roi Louis XII, qui ratifiait un premier traité dans lequel le sultan d’Égypte fait des concessions aux Français.

En 1525, le roi François Ier, détenu dans les geôles espagnoles, signe le traité de Madrid par lequel il abandonne le duché de Bourgogne et le Charolais à l’Empire d’Habsbourg. Louise de Savoie, mère de François Ier, détache des émissaires à la cours de Soliman le musulman pour secourir la France. Les émissaires français remettent des lettres secrètes demandant la libération de roi François Ier et l’attaque des Habsbourg.

Dans sa réponse du 6 février 1526, le sultan Soliman précise sa pensée : « Toi qui es François, Roy du pays de France, vous avez envoyé une lettre à ma Porte, asile des souverains, par votre fidèle ambassadeur Frangipani, vous lui avez aussi recommandé quelques communications verbales ; vous avez fait savoir que l’ennemi s’est emparé de votre pays, et que vous êtes actuellement en prison, et vous avez demandé ici aide et secours pour votre délivrance. Il n’est pas étonnant que des empereurs soient défaits et deviennent prisonniers. Prenez donc courage, et ne vous laissez pas abattre. Tout ce que vous avez dit ayant été exposé au pied de mon trône ma science impériale l’a embrassé en détail, et j’en ai pris une connaissance complète. »

Un rapprochement qui poussa Soliman à mettre à disposition de François Ier, la flotte de Barberousse pour mener des attaques contre Gênes et les Milanais. En 1553, Soliman explique qu’il « ne peut en aucun cas abandonner le roi de France, qui est son frère ». 

En 1534, une flotte turque s’oppose à l’empire des Habsbourg sur la côte italienne à la demande de François Ier. L’ambassadeur Jean de La Forêt est envoyé à Constantinople, devenant ainsi le premier ambassadeur permanent à la cour ottomane. Chargé de négocier des traités, il obtiendra à ce que les Français d’obtiennent d’importants privilèges tels que la sécurité des biens et des personnes, l’extraterritorialité ou la liberté de transporter et de vendre des biens à condition de payer les taxes douanières.

 Ces accords Franco-ottomans donneront à la France un quasi-monopole sur le commerce en Orient, lui accordant même le privilège de commercer librement dans tous les ports ottomans. Les vaisseaux étrangers ne pourront commercer avec la Turquie que sous bannière française après s’être acquittés du paiement d’un certain pourcentage de leur cargaison. En 1569, la France bénéficiera également d’une préséance par rapport à tous les autres États chrétiens et son autorisation est désormais requise lorsqu’un autre État souhaite commercer avec l’Empire ottoman.

Les Français peuvent pratiquer leur religion dans l’Empire ottoman et les catholiques français se voient confier la garde des lieux saints. Ces traités seront maintenus jusqu’à l’établissement de la République de Turquie en 1923. L’Empire Ottoman sera le principal pourvoyeur d’argent des rois de France de François Ier à Louis XVI. De plus, le sultan Soliman interviendra auprès de plusieurs souverains pour soutenir diplomatiquement François Ier sur la scène européenne.

Selon l’historien Arthur Hassall, les conséquences de l’alliance franco-ottomane sont  considérables : « l’alliance ottomane avait fortement contribué à sauver la France de l’emprise de Charles Quint, elle avait certainement aidé au protestantisme en Allemagne, et d’un point de vue français, elle avait sauvé les alliés de François Ier dans le nord de l’Allemagne. »

Le pouvoir ottoman sera aussi utilisé par les Français dans le cadre des conflits religieux qui agitent la scène européenne. En 1566, sous Charles IX, après que Guillaume 1er d’Orange a demandé de l’aide aux Ottomans, l’ambassadeur de France intervient en faveur de la révolte des gueux contre l’Empire espagnol afin de soutenir une alliance hollando-ottomane.

L’auteur François de Sagon écrivait en 1544 « Apologye en défense pour le Roi », un texte défendant les actions de François Ier, se référant à la parabole du bon samaritain de la Bible. François Ier y est comparé au blessé, l’Empereur aux voleurs, et Soliman au bon Samaritain, qui apporte son aide à François Ier.

Une flotte franco-turque est autorisée à stationner à Marseille dès la fin de 1536 afin que Barberousse mène des offensives contre les possessions de Habsbourg en Méditerranée. Après la conquête de Nice par les forces Franco ottomanes, le port de Toulon devient une base arrière de la flotte Ottomane permettant aux deux puissances d’engranger des fonds considérables en rançonnant les navires ennemis en Méditerranée.

Des centaines de campagnes militaires conjointes verront le jour entre les armées françaises et les armées musulmanes de Soliman. De 1537 à 1854, les ennemis de la France subiront un coup d’arrêt dans leurs désirs hégémoniques. La France évitera de subir la mise à sac de ses territoires grâce à son grand allié musulman et renforcera son emprise sur la scène européenne et asiatique.

Pendant les trois siècles qui suivent le début de l’alliance, les Ottomans respecteront leur engagement de protéger les ressortissants français et chrétiens dans leur empire. Les rois de France qui succèdent à François Ier maintiennent également leur politique d’alliance avec les musulmans. Parmi les plus célèbres, nous pouvons citer Henri II, fils de François Ier, Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XV, Louis XVI ou encore Napoléon.

Lors de son allocution aux Égyptiens, Napoléon déclarait : « Peuples d’Égypte, on vous dira que je suis venu pour détruire votre religion : ne le croyez pas ! Répondez que je suis venu pour restaurer vos droits et punir les usurpateurs et que, plus que les Mamelouks, je respecte Dieu, son Prophète, et le Coran. N’avons-nous pas été au travers des siècles les amis du sultan ? »

La Maison royale française entretiendra une influence considérable à Istanbul au point que les traités contraindront toutes les autres nations à commercer sous bannière et protection françaises. La France procédera à la modernisation de l’armée ottomane. Elle y créera des fonderies de canons, des usines de poudre et de mousquets, une fonderie pour produire des obusiers et une école du génie militaire. Un autre officier, François de TOT, s’impliqua activement dans l’effort de réforme de l’armée ottomane. Un soutien appuyé de la France qui débouchera sur la création d’unités d’artillerie mobiles, la mise en place de fortifications sur le Bosphore, et d’un enseignement de science maritime qui servira de fondement à la création de l’Académie Navale Turque.

Il y a eu les alliances qui s’étalèrent sur plusieurs siècles mais il y eut aussi des alliances de circonstance qui renforcèrent les liens entre les musulmans et la France. Ce fut le cas lors des troubles confessionnels qui secouèrent la capitale syrienne, Damas, en juillet 1860 où des fanatiques se lancèrent à l’assaut des quartiers chrétiens, grecs et maronites, tuant plus de cinq mille habitants.

Face à ce déchaînement de violences d’une intensité inouïe, les persécutés trouvèrent refuge dans le quartier dit des Algériens. Ils bénéficièrent du droit d’asile octroyait par l’émir Abdel Kader et ses troupes.

Ce dignitaire musulman, ancien adversaire de la France, s’interposera pour préserver la vie de plus de 15.000 personnes dont des centaines de ressortissants français.

L’émir Abdel Kader reçut la grand-croix de la Légion d’honneur et d’autres marques de reconnaissance émanant du Pape ou encore du Tsar de Russie. Il reçut une paire de pistolets de la part du roi de Prusse en remerciement de cet acte de protection des chrétiens de Damas.

Interrogé sur les raisons de son geste, l’émir Abdel Kader rappelait ses devoirs islamiques, son pacte de non-agression avec la France et son serment de protection à l’égard de tout ressortissant français en danger.

Plus proche de nous encore, la seconde guerre mondiale a été le théâtre d’une vaste mobilisation des musulmans pour la libération de la France. En effet, après la déroute de l’armée française de 1940, le Général De Gaulle rassemble les combattants qui refusent de rendre les armes. Il constitue l’Armée des Français Libres qui prend pour nom « les Forces françaises libres (FFL) », réunies sous l’emblème de la Croix de Lorraine. Cependant, conscient de ne pas pouvoir reconquérir les territoires français avec ces maigres effectifs, le Général De Gaulle mandate le Maréchal Leclerc d’inciter au ralliement les troupes de l’empire stationnées en Afrique en vue de participer à la libération de la France.

Une mission délicate qui se soldera par le ralliement d’importantes troupes musulmanes issues de l’Armée coloniale. Devant l’engouement suscité par le Général Leclerc, les troupes de l’Armée d’Afrique rejoindront leurs frères d’armes de l’Armée coloniale, chargées de combattre l’ennemi et de porter les couleurs de la France Libre dans le monde entier.

Les soldats de confessions musulmanes, issus de ces deux corps d’armée, représenteront plus de 75 % des effectifs de l’armée française de 1944.

Les musulmans, quelles que soient les époques, ont été des alliés naturels de la France. Malgré des épisodes douloureux émaillés d’injustices à leur endroit, ils ont été des modèles de loyauté et d’abnégation.

À ce titre, la grande mosquée de paris ne fut-elle pas érigée pour honorer les soldats musulmans de la Ière guerre mondiale ?

La France ne doit plus se laisser entraîner dans des débats nauséabonds sans intérêt mais doit se rappeler que l’Islam fut aussi la France. Ne jamais oublier que la Patrie reconnaissante ne sera jamais incarné par l’islamophobie d’un Christian Estrosi, d’un Manuel Valls ou d’une Marine le Pen. Les Français musulmans doivent rendre à Allah ce qui est à Allah et rendre à la Patrie ce qui est à la Patrie.

Si nous sommes passionnément liés à la religion musulmane, nous sommes aussi affectueusement attachés à la France. C’est aussi cela le patriotisme social, une juste voie qui mène vers la paix et la fraternité nationale.

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