Lionel Jospin : discours pour un pacte national-républicain

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Aux Françaises et aux Français que vous représentez ici et qui, au-delà de cette enceinte, nous écoutent, je veux dire ceci : faisons un pacte.

– Un pacte républicain.
– Un pacte de développement et de solidarité.

I – Je propose d’abord de nouer avec les Français un nouveau pacte républicain.

Il sera fondé :

– sur le retour aux sources de notre République,
– sur la modernisation de notre Démocratie.

La France, ce n’est pas seulement le bonheur des paysages, une langue enrichie des oeuvres de l’esprit ; c’est d’abord une histoire. Une histoire où s’est forgé le « modèle républicain ». Ce modèle, qui doit tant à la gauche, à l’exigence de progrès et de justice, semble s’effriter sous nos yeux, se déliter et le sentiment de cette incertitude provoque chez beaucoup le désarroi.

Aujourd’hui, tirant les enseignements de notre expérience du pouvoir, je veux vous indiquer les références qui me semblent essentielles et les évolutions qui sont nécessaires.

Il convient de faire retour à l’esprit républicain.

Avant même de s’inscrire dans des institutions, la République, c’est un état d’esprit.

Cet état d’esprit, il nous faut le conforter, partout, et d’abord chez les femmes et les hommes qui servent la République. Plus que jamais, alors que la vie publique pâtit de l’individualisme et du règne de l’argent, il est indispensable de rétablir les règles de l’éthique républicaine.

De la base au sommet de l’Etat, du fonctionnaire au ministre, une seule façon d’être et d’agir, une seule façon de décider, doit prévaloir : celle du service de la Nation. Nous sommes des citoyens responsables de l’Etat au service des citoyens nous leur devons compte, nous leur rendrons compte.

C’est ainsi que l’Etat peut être véritablement l’expression de la Nation.

La Nation est non seulement la réalité vivante à laquelle nous sommes tous attachés, mais surtout le lieu où bat le coeur de la démocratie, l’ensemble où se nouent les solidarités les plus profondes. Elle reste le cadre naturel des réformes essentielles dont notre pays a besoin.

Voilà pourquoi nous ne voulons plus de ce « jeu de défausse » qui a trop souvent consisté à se décharger sur l’Europe de tâches qui auraient dû être assumées dans le cadre national, à imputer à l’Union européenne des défaillances qui procédaient souvent de nos propres insuffisances. Pour moi, l’Europe doit être un espace supplémentaire de démocratie, doit ouvrir des perspectives nouvelles pour la citoyenneté. Elle ne saurait se substituer à la Nation, mais la prolonger, l’amplifier.

Dans la Nation, faire retour à la République, c’est d’abord se confier à l’école.

L’école est le berceau de la République. Outre sa mission d’instruction, elle doit assurer l’apprentissage du civisme. Dès l’enfance, il faut faire naître et vivre durablement un profond sentiment d’attachement aux valeurs républicaines au premier rang desquelles la laïcité, le respect de la chose publique, l’adhésion à une citoyenneté active et responsable, ensemble indissociable de droits et de devoirs. Je demande au ministre de l’éducation nationale de prendre des mesures pour que soient enseignées et pratiquées non seulement l’instruction civique mais aussi la morale civique.

Lionel Jospin, extrait du discours de politique générale à l’Assemblée nationale, 19 juin 1997

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