Ma solidarité avec Tsipras et le peuple grec !

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Tribune de Grégory Gennaro

Ce matin, dans un élan commun contre le peuple grec et son jeune premier ministre, la presse tenue par les puissances de l’Argent l’affirme d’une seule voix : « Tsipras capitule ! ».

Oh ! la bonne blague… Vraiment ? Pas si sûr ! Et le plus marrant dans tout cela, c’est que ceux qui fustigent la presse à longueur de journée tombent dans le panneau. Et comment ? En lisant simplement le titre de l’article. En France, on appelle cela « faire de la politique », il paraît… En tout cas aujourd’hui.

Je me souviens aussi de ces mêmes réactions à l’encontre de Chavez et de Poutine au début de leurs mandats respectifs. Dès le début, j’avais apporté mon soutien à ces deux chefs d’Etat. Et là, les réactions furent violentes. Je me souviens qu’on me traitait même de communiste, de bolchévique, l’insulte ultime, vous vous rendez compte ? En tout cas, ça me faisait rigoler. Aujourd’hui, ceux qui m’insultaient ou me décrédibilisaient, enfin ils s’essayaient, sont devenus des  soutiens fervents de Poutine et de Chavez. Marrant n’est-ce pas. Et bien aujourd’hui, j’adopte la même posture avec Alexis Tsipras.

Pourquoi ? Parce que Alexis Tsipras incarne une nouvelle génération politique. Il a le charisme, les idées, les couilles ! Il vit avec son temps. Il connait les principes d’actions et les principes de la réalité. Depuis son élection comme premier ministre, il agit en fin stratège. Il est prudent mais il avance. Et pour le moment, il fait un sans faute. Il a même un coup d’avance sur la puissance d’argent et sur les eurocrates.

La victoire écrasante du « Non » du peuple grec, ce 5 juillet 2015, renforce aussi l’assise et la légitimité d’Alexis Tsipras. C’est aussi un retournement de situation inédit. Car désormais, malgré l’offensive médiatique qui tente de discréditer de toutes les manières possibles et inimaginables le jeune premier ministre grec, c’est lui qui fixe maintenant la règle du jeu et qui impose sa feuille de route et ses réformes.

Alors, qu’en est-il en fin de compte de cette fameuse feuille de route des réformes du gouvernement grec que la presse stipule de capitulation ?

Tout d’abord, Alexis Tsipras cherche à gagner du temps. Il sait que si son pays ne dispose pas dans un temps court d’une liquidité financière, c’est tout le système social et économique du pays qui s’effondrera. Il sauve donc son peuple et son pays d’une catastrophe planifiée par la finance internationale. Il ne s’agit pas, en politique, de gesticuler dans tout les sens, ou de nous formuler de bonnes paroles divines avec une dose de science infuse à travers des conférences pour lancer une croisade contre des puissances qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps à peu près partout à travers la planète. Alexis Tsipras agit donc en homme pragmatique sans rien concéder sur le fond.

Ceux qui jugent Tsipras de traîtres ou de qualificatifs équivalents, qu’auraient-ils fait ? Qu’attendent-ils pour reprendre le pouvoir et à s’organiser pour libérer les Français et notre patrie sociale ? En réalité, Tsipras est un chef politique ! Il tient tête à la finance internationale et à Bruxelles. Il est seul, à la tête d’un pays qui est aujourd’hui ruiné par les vrais traîtres qui l’ont précédés et que personne, pour le coup, ne dénonce et combat !

Alors, concernant le marché du travail. Sur le fond, il n’a pas lâché grand chose en dehors d’une volonté de lutter contre le travail au noir. Le gouvernement français ne fait-il pas cela dans l’hexagone ?

Le gouvernement grec a réaffirmé sa volonté de conserver la TVA autour de l’unification de trois taux : l’un à 6%, l’autre à 13% et enfin le dernier à 23%. Notre propre gouvernement est lui incapable d’organiser la grande révolution fiscale tant promise pour alléger les classes moyennes et modestes de l’imposition.

De plus, une hausse de la taxe sur les sociétés (multinationales) va passer de 26 % à 28 % et les taxes sur les produits de luxe seront également augmentées. Le gouvernement propose la suppression des avantages fiscaux pour les îles, notamment  la réduction de 30 % de la TVA appliquée depuis plusieurs années, à commencer par les îles les plus riches et touristiques. Trahisons de Tsipras, là aussi ? On le fait quand, surtout, nous, en France ?

Concernant l’électricité, elle restera soumise à 13% de TVA.

La proposition de l’Eurogroupe du 25 juin comportait trois gros éléments : 2 taux (et non 3) : le normal à 23% et le réduit à 13% (donc pas de super-réduit à 6%), la fin de la décote de 30% de la TVA sur les îles, le passage de l’électricité du taux réduit au taux normal.

En réalité, la seule vraie concession, et de taille, même si ça aurait pu être bien pire, c’est la réforme des retraites : elle est fixé à 67 ans ou 62 ans avec 40 ans de travail d’ici à 2022.

En-dehors de cet élément-là, la proposition grecque est bien plus proche de celle du 22 juin que de la contre-proposition de l’Eurogroupe du 25 juin. Là où l’Eurogroupe « proposait » d’arriver à 13 milliards sur 3 ans par des coupes dans les dépenses sociales, la proposition gouvernementale propose d’y arriver par des hausses de la fiscalité.

Le gouvernement accepte également de vendre la part restant de l’État au capital social des télécommunications grecques OTE, dont le principal actionnaire est Deutsche Telekom. Une situation qui n’est pas très différente de la France. En tout cas cette mesure ne devrait pas rassurer Angela Merckel et l’entreprise allemande des télécom.

Le gouvernement d’Alexis Tsipras, par habileté, a décidé de mettre à contribution les 10% de la population qui détiennent 56% des richesses nationales. Il décide de s’en prendre aux gros ! Est-ce cela la capitulation ? Nous ne le croyons pas ! Le premier ministre Tsipras a d’ailleurs réaffirmé dans son intervention à Strasbourg du 8 juillet 2015 que « Le fardeau devra être supporté par ceux qui peuvent le supporter, et qui ont, ces dernières années, été protégés, épargnés par les gouvernements, alors que le fardeau était supporté par les travailleurs, les retraités, tous ceux qui n’ont plus la possibilité de continuer à supporter ces fardeaux. Il faudra des politiques de redistribution pour les plus vulnérables, pour aller dans le sens d’une croissance durable. Ce que nous proposons, c’est un ensemble de réformes avec une juste répartition du fardeau. Notre premier objectif doit être de lutter contre le chômage et de renforcer les entreprises. […] Je ne suis pas de ceux qui prétendent que tous les maux du pays sont à mettre sur le dos des vilains étrangers. Si la Grèce est dans cette situation, c’est parce que pendant des décennies, les divers gouvernements ont gouverné de façon clientéliste, en soutenant la corruption, en jouant le jeu d’une collusion avec le pouvoir économique, sans contrôler la fraude fiscale des plus riches. D’après le crédit suisse, 56% des richesses nationales seraient dans les mains de 10% de la population grecque. Ces 10% sont restés épargnés ».

Tsipras et son gouvernement proposent dans la feuille de route des réformes à mener la restructuration de la dette grecque qui est la condition sine qua non de la sortie des politiques d’austérité opérées en Grèce depuis au moins 5 ans. Maintenant, regardons d’un œil attentif ce que fera l’Eurogroupe des propositions de la Grèce, dans les prochaines heures et prochains jours. Ce que nous pouvons dire, en tout cas, c’est qu’une fois de plus Tsipras prend les créanciers à leur propre jeu.

Concrètement, Alexis Tsipras œuvre sur cinq fronts en même temps : il veut faire repartir l’économie, il veut gagner du temps pour les « vraies » réformes, il veut mettre les créanciers face à leurs responsabilités, il veut renforcer sa position politique et enfin il veut garantir et consolider les acquis politiques, sociaux et économiques de la Grèce.

Syriza et le gouvernement Tsipras, en fin de compte, maintiennent à la lettre leurs exigeances : rééchelonnement de la dette, plan d’aide de 53 milliards sur trois ans, et déblocage du « plan Juncker ».

Mais au-delà de la Grèce, en tant que nation libre et souveraine, voyons plus loin, plus grand. Prenons de la hauteur. Car là aussi, la géopolitique prend tout son sens. Et nous l’oublions parfois un peu trop souvent.

La Grèce cherche à gagner du temps, c’est indiscutable. La profonde mutation mondiale qui s’opère en ce moment même à l’échelle de la planète, avec par exemple les BRICS, il ne serait pas à exclure un éventuel rapprochement de la Grèce avec cette jeune conférence diplomatique. La Russie pourrait offrir à la Grèce des avantages commerciaux et financiers conséquents en échange de quelques bases aéronavales. La Turquie aussi, qui s’éloigne des Etats-Unis pour se rapprocher de la Russie, a proposé son aide (projets touristiques et économiques) à la Grèce, il y a quelques jours.

Enfin, le gouvernement Tsipras est celui qui s’est le plus rapproché des États-Unis depuis le gouvernement Simitis (1996-2004), et ce rapprochement ne s’est pas fait au détriment de la relation avec la Russie (lien très fort entre Russie et Grèce depuis 1999). Or il semblerait que se profile un front commun États-Unis – France pour faire pression sur l’Allemagne pour accepter les propositions grecques.

Quoi qu’il en soit, la configuration géostratégique de la Méditerranée orientale mute profondément, et cela au détriment et au dépend des Etats-Unis et de la finance internationale.

La partie de bras de fer continue et ce qui menace maintenant la Grèce, et même allons jusqu’au bout des choses, ce qui menace aussi les Balkans, c’est une déstabilisation profonde de cette partie de la région par un coup d’état militaire au profit de l’OTAN et de la finance internationale. Des événements semblables ou similaires se sont déjà produits par le passé… un passé proche même.

C’est maintenant au tour du peuple grec de jouer. Tsipras, en tout cas à mon soutien ! Le peuple grec aussi ! Et bien au-delà !