Pour Varoufakis, l’Allemagne utilise la crise grecque pour imposer son modèle disciplinaire en Europe

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L’Allemagne souhaite que la Grèce soit évincée de la zone euro pour faire accepter à la France « son modèle d’une zone euro disciplinaire », estime l’ancien ministre grec des finances Yanis Varoufakis dans le journal britannique The Guardian.

Dans une tribune publiée le 10 juillet et intitulée « L’Allemagne ne veut pas abréger les souffrances de la Grèce — elle a intérêt à nous briser », M. Varoufakis, qui a démissionné lundi, estime que le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, veut une sortie de la Grèce de la zone euro pour « mettre les choses au clair » :

« Ma conviction est que le ministre allemand des finances veut que la Grèce soit évincée de la monnaie unique pour susciter une crainte de tous les diables chez les Français et leur faire accepter son modèle d’une zone euro disciplinaire. »

« Option toxique »

Pour M. Varoufakis, l’Allemagne, bailleur de fonds et chantre de l’orthodoxie budgétaire en Europe, veut faire de la Grèce un exemple pour faire entrer les Français dans le rang. « Soudainement, l’insoutenable dette publique grecque, sans laquelle le risque de Grexit se serait estompé, a acquis une nouvelle utilité pour Schäuble », affirme-t-il ainsi. Et de poursuivre, lorsque la Grèce est devenue insolvable en 2010, au lieu d’une restructuration de la dette et d’une réforme de l’économie, c’est l’option « toxique » qui a été choisie : « L’octroi de nouveaux prêts à une entité en faillite tout en prétendant qu’elle restait solvable. »

« Durant ma première semaine en tant que ministre des finances le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem m’a rendu visite et mis devant un choix difficile : acceptez la “logique” du plan de sauvetage et laissez tomber toute demande de restructuration de la dette ou votre demande de prêt va “s’effondrer”. »

Depuis que Syriza est arrivé au pouvoir, ajoute l’ex-ministre des finances, « une large majorité au sein de l’Eurogroupe — sous l’influence de Schäuble — a adopté le Grexit comme solution privilégiée ou comme arme de choix contre notre gouvernement. »

Le Parlement grec a voté vendredi en faveur de la proposition de réformes faite jeudi par le gouvernement Tsipras à ses créanciers (UE, BCE, FMI). Considérée comme « positive » par les créanciers, cette proposition, qui sera examinée samedi par les ministres des finances de la zone euro, fait renaître l’espoir d’un accord évitant à Athènes la sortie de l’euro.

Plus d’un an pour quitter l’euro

Vendredi, le Parlement français — deuxième puissance économique de la zone euro — a adopté des réformes destinées à relancer l’économie moribonde du pays, qui fait face à une faible croissance et à un chômage élevé, ainsi qu’à un important endettement public, source de tensions avec Bruxelles.

Yanis Varoufakis estime par ailleurs que si la Grèce finissait par quitter la zone euro, cela prendrait plus d’un an. « Le Grexit serait l’équivalent de l’annonce d’une forte dévaluation plus de 18 mois à l’avance : une recette pour liquider tout le stock de capital grec et le transférer à l’étranger par tous les moyens possibles », écrit-il.

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