Tribune de Vivien Viollette-Roy

J’admire la naïveté, pour ne pas dire la couardise, d’une partie de l’extrême-gauche prétendument révolutionnaire, qui veut effectuer sa Révolution via le processus électoral classique.

Je crois que ces gens ont oublié ce que le mot révolutionnaire signifiait.
Pour eux, ce n’est plus guère qu’un slogan qui fait bon effet sur des affiches se voulant contestataires, mais en réalité suintant le conformisme.

Être révolutionnaire, ce n’est sûrement pas présenter des candidats propres sur eux à chaque scrutin.
Ce n’est pas davantage d’édulcorer son discours pour ne pas choquer ceux que l’on prétend combattre.
Et enfin, ce n’est pas non plus servir de voiture-balais au ‪‎PS‬ en se réfugiant derrière le premier socio-traître venu, une fois la défaite personnelle acquise.

La Révolution, c’est la rupture, nette, totale et sans concession avec l’Ordre dominant.

Jamais vous ne serez dignes de l’adjectif révolutionnaire, tant que vous persisterez à vouloir faire triompher votre idéal en utilisant la vaste supercherie accordée par vos maîtres, la représentation nationale républicaine.

En singeant la démocratie que l’on vous propose, vous n’êtes que de dociles pantins, aussi inoffensifs que ridicules.

2 COMMENTAIRES

  1. Bon on m’a conseillé de reproduire ici mon commentaire, quitte à faire dans la monomanie je recopie un message déjà publié sur fb, passablement augmenté et remanié. Mon texte est un peu long et la tribune qu’il commente sert un peu de « pretexte » pour développer des idées sur le rapport réforme-révolution…

     
    Intéressant mais il faudrait nuancer à mon avis… 

    Je tiens en préambule à préciser que je partage la fougue que porte cette tribune pour un changement qui soit radical, révolutionnaire, qui aille donc à la « racine » des maux de notre société marchande et tyrannique. Fis des demi-mesures, des atermoiements de « réformistes » sans réformes ( centre-gauche et « gauche » ) et de conservateurs qui ne conservent rien ( centre-droit et « droite » ). De même j’admet que « la représentation nationale républicaine », comme système de délégation permanente et incontrôlée de la souveraineté populaire, en un mot comme république « bourgeoise » soit un leurre, une duperie pour le peuple afin que les forts fassent consentir les faibles à la domination… L’oligarchie en place ne règne pas que par la force et la contrainte, le consentement est un puissant moyen de reproduire des rapports sociaux et un imaginaire symbolique qui sanctionnent la domination d’une minorité sur la majorité.

    Cependant si en effet être révolutionnaire signifie « la rupture, nette, totale et sans concession avec l’Ordre dominant », cette rupture se construit dans un rapport de force avec l’adversaire et sur la durée. La révolte « spontanée », si elle ne se donne pas des objectifs précis et les moyens concrets de les atteindre, ne débouchera pas sur grand chose, pire elle sera prétexte à un verrouillage idéologique et sécuritaire accru de la part des puissants… 
    La stratégie révolutionnaire dépend évidement du contexte socio-historique ( processus électoral, guerre populaire prolongée, gréve générale insurrectionnelle ), et les élections peuvent offrir un cadre pour développer une propagande, conquérir des positions de pouvoir au sein de la société ( mairies, groupe parlementaire, … ) afin de renforcer l’hégémonie populaire. Le problème vient de ce qu’on fétichise le cadre juridique, qu’on prend la forme pour le contenu, en se liant d’avance les mains à un dispositif légal que nos adversaires ne respectent que tant qu’il assure le maintien et la reproduction de leurs domination. 

    Pour prendre un exemple, le Chili de Salvador Allende, par le biais deUnidad Popular, c’est lancé dans la bataille électorale pour renverser l’impérialisme et construire le socialisme. Cette stratégie a permis au peuple, petites gens et travailleurs organisés, de faire entendre leurs voix, de renforcer les partis et syndicats « progressistes », de faire reculer le grand capital. Néanmoins en s’enfermant dans une stratégie légaliste, en refusant de suspendre certaines libertés constitutionnelles pour écraser la réaction qui s’organisait en plein jour, le gouvernement d’Allende a littéralement désarmé la classe ouvrière du pays. Il a suspendu la défense du mouvement populaire à la temporalité rigide du calendrier électoral, sans tenir compte du rapport de force réel, construit aussi dans la rue et dans les luttes. 

    Mais malgré cette défaite historique, l’articulation par Unidad Popular d’une présence électorale active, d’une implantation réelle et diversifiée dans les classes populaires ( paysans, ouvriers, intellectuels, employés, petits propriétaires ) et d’une stratégie cohérente de réformes structurelles a permis l’émergence d’un processus qu’on peut sans rougir qualifier de « révolutionnaire ». Et les différentes stratégies foquistes ( passage immédiat à la lutte armée par la création de foyers de guérillas ) ont partout abouti à des échecs, sauf à Cuba et dans une moindre mesure en Colombie. 

    Pour ce qui est de notre pays, l’Etat oligarchique ne s’effondrera pas de sitôt : son noyau dur c’est certes la police, la justice et l’armée ( fonctions « régaliennes » ) qui assure la contrainte, mais aussi un ensemble de lois sociales et de libertés publiques chèrement acquises par le mouvement populaire au fil des siècles ( Sécurité sociale, droits sociaux et syndicaux, multipartisme, … ) qui conditionne le consentement temporaire des dominés.
    Sauf à imaginé un collapse sans précédant des institutions ( guerre civile ou étrangère, renforcement de l’autoritarisme et de la gouvernance au détriment des règles les plus élémentaires d’une démocratie même formelle ) ou une révolution qui serait le fruit d’une petite minorité agissante, il faudra aussi composer avec le système électoral pour chercher à le subvertir.

    Il s’agit, pour reprendre une formule de Gramsci, de proposer un modèle de « guerre de position » correspondant à la spécificité des pays capitalistes avancés de vieilles traditions parlementaires. Conquérir tranché par tranché l’hégémonie au sein de la société actuelle, par le renforcement des organisations populaires ( partis, syndicats, associations, presse indépendante ).

    Il faut pour cela organiser un « bloc de classes » qui puisse réunir l’ensemble du peuple français et des classes qui aspirent à l’égalité, à la justice sociale et à l’indépendance nationale. Préparer une grande réforme morale et intellectuelle de notre patrie, en s’appuyant sur le sens commun des gens ordinaires, en diffusant partout nos valeurs ( solidarité, entraide, mesure ) pour lutter sur la plan éthique contre un imaginaire symbolique néo-libérale ( culte de la performance, individualisme grégaire, concurrence permanente du tous contre tous ).

    Comprendre que l’Etat, s’il est un instrument au service des riches, est aussi un champs de bataille ou se construit sur la longue durée un rapport de force avec les puissances d’argent. Nécessité donc pour les révolutionnaires de s’emparer, par voie légale si possible, d’un ensemble institutionnel ( singulièrement les maries, qui permettent la mise en pratique d’une partie au moins de notre programme, redonner confiance aux citoyens, crédibiliser notre alternative à l’échelle nationale ) qui permette à notre camps social de s’organiser pour préparer l’affrontement. Car une telle stratégie ne fait pas l’économie de la « guerre de mouvement », de la lutte frontale et des ruptures décisives.

    Réaliser un programme, même modéré, de transformation sociale et de fin de l’austérité suppose dans le contexte actuelle un affrontement terrible avec les oligarques et leurs vassaux. Pour prendre un exemple qui nous est proche, Syriza a eu raison, entre 2011 et 2015, de patiemment construire un mouvement populaire d’ensemble, en faisant le lien avec les luttes sociales qui germaient au niveau local, en leurs donnant une visibilité et une traduction parlementaire et institutionnelle, à engager un dynamique majoritaire sur le base d’un programme conforme au sens populaire ( programme de Thessalonique ) et d’un large rassemblement de ceux qui luttaient contre la troika et son emprise délétère.

    C’est cette stratégie de guerre d’usure, de lutte pour l’hégémonie au sein de la société grecque qui a permis la victoire électorale de Syriza. Il faut se méfier de la phrase révolutionnaire, de l’agitation fanfaronne et stérile d’une opposition qui se fait secte, sans chercher à tirer de leçon de ses échecs passés, sans se donner les moyens de devenir majoritaire au sein du peuple, qui pire encore se gargarise de sa position minoritaire comme d’un label de « pureté » idéologique.
    A contrario un mouvement concrètement révolutionnaire doit penser les différents moments de la lutte sociale, pour avancer si possible, reculer si nécessaire, savoir faire des compromis sans jamais verser dans la compromission, pénétrer au sein de toutes les couches de la population, actualiser sans cesse sa propagande, se rendre audible mais savoir aussi écouter les aspirations profondes du peuple. La lutte pour les réformes ( hausse des salaires, meilleurs conditions de travail, démocratisation des institutions, … ) ne conduit pas forcement au réformisme sans âme de ceux qui « comprennent les réalités et savent s’adapter ». Chaque réforme doit être liée à la suivante dans un ensemble cohérent qui fasse programme, pour non pas améliorer à la marge le désordre existant, mais le subvertir et le dépasser pour construire un ordre nouveau.

    Mais en sachant que pour mener à bien des réformes, il faut être prêt à conduire une révolution : la victoire électorale ne peut se faire au prix d’une défaite politique. Si dans l’ensemble Syriza a été de 2011 à 2015 la seule force susceptible d’engager à l’échelle du pays un processus révolutionnaire, le choix de sa direction et de son gouvernement de se coucher devant les institutions européennes est pire qu’une faute, c’est une trahison. La sortie du néo-libéralisme suppose un affrontement violent avec les institutions qui l’incarnent : rupture avec l’UE, avec l’Otan, avec la Constitution grecque actuelle.
    Peu importe au fond qu’un gouvernement populaire soit issu des urnes, d’un putsch ou d’une insurrection générale, ce qui compte c’est sa détermination à mettre en place un programme de sortie d’un capitalisme mortifère, son intelligence de la situation politique et du rapport de force national et international, sa liaison concrète avec les luttes sociales de la base et sa capacité à les traduire institutionnellement, la fixation d’objectif à court et moyen terme et les moyens de les atteindre. L’adversaire de classe lui est capable de louvoyer, chérissant tantôt l’action légale ( quand il est en position de force ) tantôt illégale ( lorsque le rapport de force se dégrade à son détriment ).

    Bref et je vais arrêter là un message qui en dit décidément trop et pas assez sur un sujet aussi délicat que celui du rapport entre réformes, élections, ruptures, révolution…

    Pour reprendre un mot célèbre de Jules Guesde : la révolution par tous les moyens, même légaux !