Tribune de Grégory Gennaro

Il fallait de la motivation pour voter. Et pas qu’un peu. J’avais initialement fait le choix de bouder le bureau de vote. Pourquoi ? Je l’avais expliqué à mes camarades : comme nous sommes dans un état d’urgence, j’avais opté, pour ma sécurité de ne pas voter ce dimanche. Que voulez-vous, dans la presse, on se croit à Beyrouth dans les années 80. J’ai peur, très peur.

En plus de cette peur terrible, est né le sentiment de la réelle utilité de voter pour ces régionales. Des candidats aussi ennuyeux que nuls. Franchement on est loin de l’animation politique et des hautes volées des années 80 et 90. Bref, on ne comprend rien et on se fait chier. Disons les choses crûment.

Bref des candidats chiastiques avec des programmes où on nous prend vraiment, mais alors vraiment pour des cons. Et là, croyez moi, je pèse mes mots.

Enfin de compte, à 17h00, en plein ménage, je me suis décidé. Bon, faut y aller. Histoire de voir ce qu’il s’y passe. Et là je n’ai pas été déçu.

Rappelons-le, nous sommes en état d’urgence, et en toute logique, je pensais voir des policiers partout. Ils n’étaient pas là. Même pas un policier municipal. Même pas un ASVP, vous savez, celui qui se prend pour un flic, et qui emmerde tout le monde en verbalisant les résidents. Une sorte de maquerelle municipale. Et bien rien, pas un chat. Bonjour la sécurité !

Puis j’ai pris quelques bulletins sauf ceux du FN du Maréchal les voilà, du PS des Castagnettes alpines et de l’UMP de l’escroquerie niçoise. Ah non mince, c’est Les Républicains. Mort de rire. Enfin ça change pas grande chose sur le fond.

J’ai regardé les corbeilles pour voir s’il n’y avait aucun danger à l’horizon. La prudence est de rigueur tout de même. Et puis on ne sait jamais, une éventuelle attaque de mouches Tsé Tsé peut surgir de ce silence des urnes. Oui, parce qu’il n’y avait, mais alors vraiment personne.

Ensuite, j’ai hésité entre le vote blanc, le front de gauche avec la crapule Copola et la secte UPR, que je nomme ainsi affectueusement.

Là, l’enfer, un choix digne d’un guérilleros. Je rentre en résistance. 5 min pour choisir, pour réfléchir. Je me sens seul. Bonjour la motivation.

Et puis finalement j’ai fais le choix de ma petite secte UPR, car quelques camarades y figuraient. Et puis avec un peu de chance, ce soir, l’UPR pourra faire sauter le bouchon de champagne et grâce à sa notoriété nationale, elle abandonnera son statut de secte pour devenir l’église asselinienne.

Et là, malheur ! En me rendant à l’urne, une agression. Et pas n’importe laquelle. La seule personne présente dans le bureau est devant moi. Une femme. Elle a marché sur une crotte de chien, probablement sur la route pour se rendre à l’urne. L’odeur est insoutenable. Pensant que le stress y soit pour quelque chose, je me dis qu’il s’agit de mon imagination odorante. Et non ! Un assesseur ouvre sa gueule, et il réveille les fantômes. Il s’exprime à plein poumon, c’est le cas de le dire : « putain, ça sent la merde, quelqu’un à marché sur une crotte de chien ou quoi ?« . Il ne s’agissait donc pas de mon imagination liée à mon stress de guérilleros. Et la nana qui transportait sa crotte avec elle devait se sentir bien seule.

Finalement, après ces nombreuses péripéties, j’ai voté. Enfin, pas tout à fait. J’ai attendu au moins deux bonnes minutes le temps qu’on me retrouve sur le fichier électoral. Ils ont sauvé le soldat Gennaro, ils m’ont retrouvé. Ouf, j’ai été soulagé et j’ai voté. Quelle aventure, quel dévouement, quelle résistance… démocratique.

Enfin, tout ça pour ça. La loose, sérieux, comme on dit au quartier. Franchement, déjà je ne comptais pas participer dimanche prochain au festival du front républicain, mais en plus, s’il faut revivre une horreur comme celle là, ça ne sera même pas la peine de compter sur moi, même pour voter blanc.

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